Les guerres mondiales et le rôle de la mode

Pendant les guerres mondiales, le rôle des couturières et des marques de vêtements a évolué pour répondre aux besoins imposés par les conditions de guerre. Elles ont dû s’adapter au rationnement des matériaux, à la nécessité de produire des vêtements pratiques pour les soldats, ainsi qu’aux changements dans la mode civile.

La Première Guerre mondiale

Burberry et le Trench-coat

Le saviez-vous ?

Le trench-coat, qui signifie "manteau de tranchée", a été conçu spécifiquement en 1916, par Thomas Burberry et l'entreprise de veste Aquascutum, du latin "eau" et "bouclier", pour résister aux conditions des tranchées.

Le trench est une veste croisée, ajustée à la taille et descendant au-dessus du genou. Certains modèles étaient dotés d'une doublure chaude et amovible, pouvant également servir de couverture. La ceinture accrochait les accessoires militaires et les boutons au niveau du col protégeant des gaz toxiques. La cape dans le dos facilitait l'écoulement de l'eau tandis que les épaulettes identifiaient le rang du porteur.

Le trench Burberry était réservé à une clientèle fortunée en raison de leur prix élevé, de nombreuses versions plus abordables étaient proposées aux soldats par d’autres commerçants. Une tendance qui perdure encore aujourd’hui.

À droite, Winston Churchill en trench-coat, en mars 1916. -GETTY IMAGES-

« La mode est un miroir des tensions de la guerre. »

- Sophie Kurkdjian, historienne

Changement de mode féminine

Le saviez-vous ?

Les femmes, ayant remplacé les hommes dans les usines, avaient besoin de vêtements pratiques. Les couturières ont alors simplifié les tenues féminines, raccourci les jupes et créé des vêtements plus fonctionnels, marquant le début de l’abandon des corsets, pour toutes.

Coco Chanel et l’économie de tissus

En 1916, alors que la France est sous occupation, les zones de production de tissus d’habillement classiques sont inaccessibles ou à l’arrêt. Seules les usines produisant du jersey (tissu jusque-là réservé aux sous-vêtements masculins) restent actives. Face à cette situation, Coco Chanel révolutionne la mode féminine en intégrant le jersey dans ses collections. Elle crée des vêtements pratiques, confortables et élégants, répondant ainsi aux contraintes imposées par la guerre.

De plus, l'apparence vestimentaire jouait un rôle stratégique dans la communication et la propagande. Enjeu économique et politique, il permettait de montrer un signe de pouvoir et de dignité devant l'occupant.

La Deuxième Guerre mondiale

Make Do and Mend

Le saviez-vous ?

La campagne “Make Do and Mend” en Angleterre encourageaient les citoyens à raccommoder, réutiliser et transformer leurs vêtements pour économiser les ressources. Les couturières développaient des astuces pour réparer et embellir des tenues anciennes. Aux États-Unis, les femmes étaient incitées à recycler leurs vêtements, même leurs robes de soirée, en les simplifiant pour être plus pratiques.

Livret "Faire et réparer" publié le 1ᵉʳ septembre 1943 :

La couleur orange, une teinte peu coûteuse à l’époque

La couleur orange, étant la moins coûteuse à l’époque, s’est imposée chez Hermès en 1942. Face aux pénuries de matériaux, la marque n’a pas eu d’autre choix que d’adopter cette teinte pour continuer à produire ses emballages. Ce choix astreint deviendra pourtant, avec le temps, la signature emblématique de la charte graphique d’Hermès.

Dior et le “New Look” après-guerre

Le saviez-vous ?

Christian Dior a révolutionné la mode en 1947 avec le “New Look”, un style marqué par des jupes volumineuses et des tailles serrées, contrastant avec la mode pratique et austère de la guerre.

Un symbole du retour à la normalité

Ce style a été accueilli comme une célébration de la fin des restrictions et du rationnement de tissu. Ce retour au luxe et à la féminité a marqué la reprise des maisons de couture après les privations de la guerre et a relancé l’industrie de la mode en France. Le “New Look” est ainsi devenu un symbole du retour à la normalité et de l’espoir dans le monde d’après-guerre.

Le textile au service de l'émancipation

Le textile a joué un rôle clé dans l’émancipation, devenant un moyen d’expression

et de revendication pour affirmer sa place dans la société.

Un levier de l'affirmation féminine

Le pantalon comme symbole féministe

Le saviez-vous ?

Le 7 novembre 1800, un décret ordonnait aux femmes de demander une autorisation à la préfecture pour porter un pantalon, justifiée par des raisons médicales ou professionnelles. Cette loi, déjà obsolète dans les faits, n’a été officiellement abrogée qu’en 2013.

En 1933, le pantalon de tailleur apparaît dans un article de Vogue, mais il est mal reçu. Jusque dans les années 1950, les femmes qui en portaient pouvaient être arrêtées.

Dans les années 60, le pantalon féminin se démocratise, mais reste limité au sport.

En 1966, Yves Saint-Laurent révolutionne la mode avec le smoking pour femme, bien que certains lieux, comme les restaurants, refusaient les femmes le portant.

Dans les années 70, Pat Nixon, l’épouse du président Richard Nixon, brise les codes en portant ce vêtement provocateur. Malgré les jugements, les femmes ont persisté.

Il faudra attendre 1993 pour qu'une femme puisse porter un pantalon dans l’enceinte du Sénat. Aujourd'hui, nous pouvons dire que le pantalon féminin est bel est bien ancré dans notre société.

Les débuts des grandes couturières…

Le saviez-vous ?

L'historienne Sophie Kurkjian énonce : "Avant les grands couturiers sont des hommes : Jean Patou, Paul Poiret ou Charles Frederick Worth."

Avec les années, les femmes vont en profiter pour occuper une plus grande place, à commencer par Jeanne Lanvin et Gabrielle Chanel. Elles produisent, s’imposent, et c’est le début du règne des femmes dans la haute couture.

Vers une Redéfinition de la Virilité

Une campagne qui défie les stéréotypes : le sac n’a pas de genre

Le saviez-vous ?

En 2020, Gucci a lancé une campagne pour relancer son sac emblématique, le "Jackie 1961". En utilisant des visuels non genrés et en mettant en avant Harry Styles, une icône de la mode contemporaine, la marque a cherché à casser les codes traditionnels.

Cette initiative a contribué à promouvoir une vision plus inclusive de la mode, où les accessoires comme les sacs ne sont plus associés à un genre spécifique.

On peut également constater que collaborer avec des personnalités publiques et exploiter leur notoriété constitue un atout majeur pour valoriser un produit et renforcer son attractivité.

À venir...